Des champs aux cuisines scolaires, les femmes contribuent à l’approvisionnement, à la préparation et à la distribution des repas servis aux élèves. Dans la région de la Kara (Nord Togo), le programme de cantines scolaires déployé par le gouvernement togolais et ses partenaires dont le Programme alimentaire mondiale (PAM) mise sur cette mobilisation féminine pour améliorer la nutrition des enfants, soutenir les producteurs locaux et favoriser le maintien à l’école.
Il est bientôt 11h30 à l’École primaire publique (EPP) Kpelessida, située à environ 37 kilomètres de la ville de Kara. Dans la cuisine ce mardi 13 octobre 2026, les « mamans cantines » s’activent pour servir les repas aux élèves. Sur un tableau accroché au mur, les menus programmés du lundi au vendredi témoignent de la diversité des plats proposés. Riz à la sauce d’arachide, haricot accompagné de gari, riz au haricot et au poisson ou encore pậtes à la sauce de légumes : les préparations varient au fil de la semaine.

Vêtues de blouses bleues, la tête couverte de foulards et le visage protégé par des masques, les femmes s’affairent autour des foyers améliorés et des étagères de rangement. Certaines disposent les repas dans les assiettes, tandis que d’autres transportent les bassines à proximité des salles de classe pour faciliter le service.
La scène illustre le rôle central de ces femmes dans le fonctionnement quotidien des cantines scolaires. Une mission du Programme alimentaire mondial au Togo (PAM-Togo), conduite du 12 au 15 octobre 2026, a permis de découvrir cette organisation ainsi que les initiatives développées autour de l’alimentation scolaire dans la région.
Des repas adaptés aux besoins des élèves
À Kpelessida, les repas sont servis à partir de 11h30, du cours préparatoire première année (CP1) au cours moyen deuxième année (CM2). Selon Eleye Mariama, animatrice des cantines scolaires, les quantités de vivres achetées sont ajustées en fonction de l’effectif présent.
« Pour l’approvisionnement du lundi au vendredi, c’est l’effectif qui est présent qui détermine le montant à décaisser pour remettre aux mamans cantines. Elles vont au marché pour acheter les vivres », explique-t-elle.

L’approvisionnement repose également sur les organisations paysannes locales, qui fournissent des produits locaux en fonction des besoins des cantines. Les menus tiennent compte des préférences des enfants, consultés sur les plats qu’ils souhaitent retrouver dans la semaine.
L’hygiène constitue un autre volet important du dispositif. Les femmes effectuent des examens médicaux avant de prendre leurs fonctions et bénéficient de sensibilisations régulières sur les bonnes pratiques corporelles et alimentaires. Des équipements de lavage des mains sont également installés dans les écoles bénéficiaires.

« Dans tous nos repas, il n’y a pas de cubes », précise Eleye Mariama, en référence à l’absence de ces bouillons d’assaisonnement dans les préparations.
Pour Ama, une maman cantine, les équipements mis à leur disposition améliorent aussi leurs conditions de travail. « Avec le foyer amélioré qui est mis à notre disposition, nous économisons le bois. La fumée est également évacuée hors de la cuisine, ce qui nous aide à nous protéger contre certaines maladies respiratoires », témoigne-t-elle.
Les productrices locales au cœur de l’approvisionnement
Au-delà de la préparation des repas, la viabilité des cantines dépend de la capacité à mobiliser des produits agricoles en quantité suffisante. À Kpelessida tout comme à l’EPP Houloun, les coopératives féminines participent directement à cette chaîne d’approvisionnement.
Mme Abalo Kemeribelo, secrétaire de la coopérative des femmes Lelouro-Lelouwo, l’une des trois coopératives qui livrent des produits à la cantine de l’EPP Kpelessida, explique que cette collaboration a ouvert de nouvelles perspectives à ses membres.

« Au départ, nous étions des productrices. Nous transformions le manioc en gari et nous produisions aussi du haricot. Lorsqu’il y a eu l’idée des cantines scolaires, on nous a sollicitées pour fournir nos produits. Nous avons signé une convention à cet effet », raconte-t-elle.
La coopérative livre chaque semaine huit bols de gari et quinze bols de niébé à la cantine. Pour soutenir leurs activités, les femmes ont bénéficié d’une presse à manioc destinée à faciliter la transformation du manioc en gari, ainsi que de semences pour la production du niébé. En soutenant les capacités de production et de transformation des coopératives, le dispositif cherche à renforcer leur participation à l’économie locale tout en sécurisant l’approvisionnement des cantines.
Mieux manger pour mieux apprendre
Pour Salifou Adilatou, technicienne de l’Institut de conseil et d’appui technique (ICAT), l’initiative poursuit un double objectif : améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des élèves et accompagner les producteurs locaux.
« Avant, les enfants étaient dans le besoin. Avec l’appui du gouvernement togolais, du PAM et des autres partenaires, on constate qu’ils mangent mieux à la cantine. Voir les enfants s’épanouir, c’est déjà un grand objectif atteint. Bien manger peut les aider à mieux apprendre à l’école et soulage aussi leurs parents d’une charge », souligne-t-elle.
Pour les élèves, les effets se mesurent dans leur quotidien. Tchali, en classe de CM1, témoigne : « Depuis l’installation de la cantine dans notre école, je mange très bien. Avant, je manquais parfois les cours parce qu’il n’y avait rien à manger. Maintenant, je suis régulier et je travaille bien à l’école. »

Le directeur de l’EPP Kpelessida, Nao M. Kodjo, observe également une évolution des résultats scolaires et de la fréquentation depuis 2022. Selon lui, les effectifs ont augmenté, tandis que les absences et les abandons ont sensiblement diminué.

« Avant l’arrivée de la cantine scolaire, les résultats n’étaient pas bons. Actuellement, nous avons constaté une hausse du taux de réussite et des effectifs, ainsi qu’une baisse sensible des abandons et des absences », affirme-t-il.
Il cite notamment un taux de réussite de 85,60 % au CM2 l’année précédente et de 85,5 % pour l’année en cours. Ces chiffres, rapportés par le responsable de l’établissement, illustrent l’évolution observée localement.
Des jardins potagers pour renforcer l’autonomie
Le programme ne se limite pas à l’achat et à la préparation des denrées. Dans les écoles bénéficiaires, des jardins potagers produisent des légumes locaux, notamment le gboma, l’adémè, le gombo, la carotte et le chou. Les jardiniers sont formés à la fabrication et à l’utilisation du compost pour fertiliser les sols sans recourir aux engrais chimiques.

Certaines écoles disposent également d’unités d’élevage de volailles et d’équipements de transformation, notamment des moulins à condiments et à grains. Ces installations visent à réduire les contraintes liées à la préparation des repas.
« C’est pour éviter aux mamans cantines de parcourir de grandes distances avant de moudre la farine », explique Gnandi Tabé, assistant programme du PAM à Kara.
L’ambition est de faire évoluer le dispositif vers un modèle de ferme scolaire intégrée, associant production agricole, transformation et alimentation des élèves. Cette approche pourrait contribuer à réduire la dépendance aux approvisionnements extérieurs et à renforcer la continuité des activités des cantines.
Des acquis à consolider
Mis en œuvre par le gouvernement togolais, notamment à travers l’Agence nationale du développement à la base (ANADEB), avec l’appui du PAM et d’autres partenaires, le programme mobilise plusieurs acteurs publics, des organisations communautaires, des institutions universitaires, des agences des Nations unies, des opérateurs privés et des ONG. L’Union européenne, la France, la coopération allemande, à travers la KfW et KOICA, figurent également parmi les partenaires cités.

Selon les données communiquées dans le cadre du programme, le dispositif couvre 242 écoles et bénéficie à environ 77 824 élèves. Il comprend également 242 unités de production maraîchère, soutient 726 organisations de petits producteurs et accompagne 1 800 femmes membres de coopératives engagées dans la transformation alimentaire.
Dans cette chaîne qui va de la ferme à l’assiette, les femmes occupent une place déterminante. Productrices, transformatrices et cuisinières, elles participent à la fois à l’alimentation des élèves, à la valorisation des produits locaux et à la création de débouchés pour les petites exploitations agricoles. Leur accompagnement apparaît ainsi comme un levier important pour inscrire les cantines scolaires dans la durée.
De Kara, Atha ASSAN






