Au Togo, les hémorragies du post-partum demeurent une menace majeure pour la vie des femmes après l’accouchement. Pour mieux prévenir ces complications et réduire les décès maternels évitables, une soixantaine de professionnels de santé des six régions sanitaires bénéficient, du 3 au 6 novembre à Kpalimé, d’une formation axée sur l’approche E-MOTIVE et les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Derrière les chiffres de la mortalité maternelle se cachent des vies perdues, des familles endeuillées et des drames qui pourraient, dans certains cas, être évités. Au Togo, les hémorragies du post-partum (HPP), qui surviennent après l’accouchement, figurent parmi les principales causes de décès maternels. Face à cette urgence de santé publique, le renforcement des capacités du personnel soignant apparaît comme un levier essentiel.
Organisée par le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), en collaboration avec le ministère de la Santé et la Société togolaise de médecine périnatale (SOMOPI), la formation de Kpalimé vise à préparer au moins 60 formateurs nationaux. Ceux-ci auront pour mission de transmettre leurs acquis aux prestataires des structures sanitaires du pays.
Détecter rapidement pour intervenir à temps
Au cœur de cette initiative figure l’approche E-MOTIVE, qui privilégie la détection précoce et la mesure objective des pertes sanguines après l’accouchement, suivies d’une intervention rapide et coordonnée. Elle combine notamment le massage utérin, l’administration de médicaments utérotoniques, l’acide tranexamique, les perfusions intraveineuses et l’examen clinique.
Les participants sont également formés à l’utilisation d’équipements spécifiques, dont le drap de recueil calibré pour mesurer les pertes sanguines et le ballonnet de tamponnement intra-utérin pour traiter certaines hémorragies. Des simulations cliniques doivent leur permettre de mieux maîtriser les gestes à adopter face à ces urgences.
Pour la cheffe de la division de la santé maternelle et infantile, Dr Tchandana Makilioubé, la mesure systématique des pertes sanguines est indispensable pour repérer rapidement les saignements anormaux et intervenir avant l’apparition de complications graves.
Des décès encore trop nombreux
Malgré les efforts engagés, le défi reste important. Le ratio de mortalité maternelle est passé de 401 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2010 à 366 en 2022. Mais les hémorragies du post-partum continuent de peser lourdement sur ce bilan. Selon le rapport de suivi des soins obstétricaux et néonatals d’urgence (SONU) du premier semestre 2023, elles représentaient 52,35 % des décès maternels liés aux causes obstétricales directes enregistrés dans les maternités SONU.
Au-delà des compétences médicales, les retards dans le recours aux structures sanitaires et les accouchements à domicile restent des facteurs de risque. Les mesures publiques, notamment la subvention de la césarienne, le renforcement des SONU et le programme Wezou, participent à l’amélioration de l’accès aux soins.
Pour l’UNFPA, chaque femme doit pouvoir bénéficier d’un suivi adapté pendant la grossesse, d’un accouchement sécurisé et de soins appropriés après la naissance. Former les prestataires constitue ainsi une étape importante. Mais l’enjeu est aussi de garantir que les compétences acquises, les équipements et les protocoles soient effectivement disponibles dans les maternités, afin qu’aucune femme ne perde la vie faute d’une prise en charge rapide et adéquate.
Atha ASSAN


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