Le Fonds Pananetugri prend part à l’Assemblée 2026 du Réseau africain de la philanthropie (Africa Philanthropy Network-APN), qui se tient du 2 au 6 novembre 2026 à Accra, au Ghana. Avec une délégation de 48 personnes issues de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, le Fonds entend renforcer la représentation des organisations féministes francophones dans les discussions sur l’avenir de la philanthropie africaine. À cette occasion, sa coordinatrice, Micheline Wendyam Kaboré, a défendu une approche qui place les jeunes femmes au cœur de la mobilisation des ressources et des décisions de financement.
Accra accueille, la 7e Assemblée du Réseau africain de la philanthropie. Placée sous le thème « La philanthropie africaine en action : se l’approprier, progresser et amplifier », cette rencontre panafricaine réunit des organisations, des réseaux, des chercheurs et des acteurs engagés dans le développement de la philanthropie sur le continent.
Parmi les participants figure le Fonds Pananetugri, qui effectue le déplacement avec une délégation de 48 personnes composée de responsables d’organisations féministes, de personnes-ressources et de chercheurs provenant de différents pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre.
Cette participation traduit une ambition : renforcer la présence et l’influence des organisations féministes francophones dans les espaces où se discutent les orientations, les mécanismes de financement et les perspectives de développement de la philanthropie africaine.
Renforcer la place de l’Afrique de l’Ouest francophone
Si les réseaux philanthropiques se structurent progressivement dans plusieurs régions du continent, notamment en Afrique de l’Est et en Afrique australe, l’Afrique de l’Ouest francophone reste encore peu représentée dans cet écosystème.
À cela s’ajoute, la prédominance de l’anglais dans de nombreux espaces de dialogue et de concertation sur la philanthropie africaine. Une situation qui limite parfois la visibilité des expériences, des réalités et des propositions portées par les organisations francophones.
Pour le Fonds Pananetugri, il devient donc essentiel de créer des passerelles entre les acteurs philanthropiques francophones et les autres dynamiques du continent. Sa participation à l’Assemblée de l’APN vise notamment à nouer des alliances avec d’autres fonds, réseaux et mouvements, à partager des expériences et à favoriser des collaborations susceptibles d’élargir l’accès aux ressources pour les organisations féministes.
Au-delà de la représentation, l’enjeu est également de faire reconnaître la contribution des mouvements féministes à la transformation sociale et de mieux prendre en compte leurs besoins dans les réflexions sur les modèles de financement.
Pour une philanthropie qui reconnaît les jeunes femmes comme actrices
C’est dans cette dynamique que Micheline Wendyam Kaboré, coordinatrice du Fonds Pananetugri, a porté une réflexion autour du thème : « De bénéficiaires à bâtisseuses : quand les jeunes femmes africaines réinventent la philanthropie ».
Son intervention remet en question une conception de la philanthropie qui place essentiellement les personnes et les organisations soutenues dans une position de bénéficiaires.
Pour la coordinatrice, la philanthropie africaine existe déjà au sein des communautés, à travers les pratiques quotidiennes de solidarité, les tontines, les caisses d’entraide, les contributions collectives et les réseaux informels de soutien, auxquels les femmes participent activement.
« Les jeunes femmes ne sont pas simplement des bénéficiaires de la générosité des autres. Elles sont elles-mêmes des actrices de solidarité, des créatrices de solutions et des porteuses de changement », défend-elle.
Avec plus de quinze années d’accompagnement des jeunes filles et des jeunes femmes en Afrique de l’Ouest francophone à travers l’Initiative Pananetugri pour le Bien-être de la Femme (IPBF), l’organisation entend promouvoir une philanthropie qui reconnaît les capacités d’initiative, de mobilisation et de transformation des jeunes femmes.
Cette approche invite également à reconnaître différentes formes de richesse, au-delà des seules ressources financières : le temps, les compétences, les connaissances, les réseaux communautaires et les espaces de solidarité.
Partager les ressources, mais aussi le pouvoir de décision
Au cœur du positionnement du Fonds Pananetugri se trouve une autre exigence : le financement des initiatives féministes doit nécessairement s’accompagner d’un partage du pouvoir.
Pour Micheline Wendyam Kaboré, il ne suffit pas de consulter les jeunes femmes sur leurs besoins ou de financer des projets qui les concernent. Elles doivent également participer à la définition des priorités, aux décisions d’attribution des financements, à la gestion des ressources et à l’évaluation des résultats.
Cette vision suppose de faire évoluer les pratiques des acteurs philanthropiques, notamment en privilégiant des mécanismes de financement plus accessibles, flexibles et adaptés aux réalités des organisations communautaires.
La coordinatrice attire particulièrement l’attention sur les lourdeurs administratives auxquelles sont confrontées certaines organisations locales, souvent contraintes de satisfaire des exigences complexes et parfois disproportionnées au regard des financements obtenus.
Si la transparence et la redevabilité restent indispensables, elles ne devraient pas devenir des obstacles à l’accès aux ressources.
Le Fonds défend ainsi une philanthropie fondée sur la confiance, la solidarité et la reconnaissance de l’expertise des organisations de terrain.
Développer une philanthropie africaine ancrée dans les solidarités locales
L’autre enjeu soulevé par le Fonds Pananetugri concerne la capacité du continent à développer ses propres mécanismes de mobilisation et de redistribution des ressources.
Pour sa coordinatrice, l’avenir de la philanthropie africaine ne peut dépendre exclusivement des financements extérieurs. Les communautés, les entreprises locales, les diasporas, les réseaux féministes et les personnes engagées ont également un rôle à jouer dans la construction de mécanismes de solidarité durables.
« Notre défi est double : transformer la manière dont les ressources internationales sont distribuées et développer notre propre capacité collective à financer les changements que nous voulons voir », souligne Micheline Wendyam Kaboré.
Dans cette perspective, le Fonds Pananetugri propose notamment de promouvoir des mécanismes participatifs autour d’un principe : « Une communauté, un fonds solidaire, des jeunes femmes qui décident ».
Il s’agit de permettre aux jeunes femmes de participer directement à la gouvernance des fonds, à la définition des priorités et au suivi de l’utilisation des ressources.
À travers son expérience de financement et d’accompagnement des organisations féministes, ainsi que son Modèle Pananetugri de Résilience et de Durabilité (MPRD), le Fonds entend contribuer à l’émergence d’organisations plus autonomes, mieux structurées et capables de poursuivre leurs actions dans la durée.
Faire du financement féministe une priorité
La participation du Fonds Pananetugri à cette 7e Assemblée intervient dans un contexte où la localisation des financements et le renforcement des organisations africaines occupent une place croissante dans les débats sur la philanthropie.




Pour les organisations féministes francophones, l’enjeu reste particulièrement important. Malgré leur contribution à la défense des droits des femmes et à la transformation des communautés, beaucoup demeurent confrontées à des difficultés d’accès aux financements et aux espaces de décision.
À Accra, le Fonds Pananetugri entend donc porter une voix : celle d’une philanthropie africaine plus inclusive, qui reconnaît le travail des organisations féministes, leur accorde les moyens d’agir et leur donne une véritable place dans les décisions.
Comme le résume Micheline Wendyam Kaboré : « Nous ne voulons pas seulement que les jeunes femmes africaines aient une place autour de la table de la philanthropie. Nous voulons qu’elles participent à construire la table, à définir les règles et à décider de la destination des ressources. »
Une vision qui rappelle que le financement féministe ne devrait pas se limiter à soutenir des initiatives en faveur des femmes, mais contribuer à transformer durablement les rapports de pouvoir et les mécanismes de solidarité sur le continent.
Hélène DOUBIDJI



![5/10 [DOSSIER]Travail Domestique Non Rémunéré : le fardeau invisible qui freine les femmes et filles](https://ekinamag.com/wp-content/uploads/2026/08/Image-Dossier-5-120x86.jpg)


