Elles sont sur les chantiers, derrière les écrans, au cœur des réseaux, des données et des projets d’intelligence artificielle. Au Togo, de plus en plus de jeunes femmes investissent des secteurs longtemps perçus comme masculins. Mais derrière les diplômes et les compétences, leurs parcours racontent aussi les préjugés, les doutes, le manque de modèles et la nécessité, parfois, de devoir prouver davantage leur légitimité. Les parcours de Gloria Mawuto Sokpoli, Estelle Manou, Yvette Houangassi, Samira Amadou, Olaïtan Sémiat et Attikpo Ahoéfa Gaëlle-Fernanda racontent cette nouvelle génération de femmes qui refuse de laisser les stéréotypes décider de son avenir.
Gloria : une curiosité née au cœur du chantier
Pour Gloria Mawuto Sokpoli, ingénieure en génie civil, tout a commencé par une curiosité d’adolescente. Au lycée, elle observait régulièrement un proche de sa mère, menuisier coffreur, recevoir des appels professionnels. Ces conversations, parfois tendues, parfois joyeuses, l’intriguaient. Que pouvait-il bien se passer dans son métier pour provoquer autant d’émotions ? Un jour, elle décide de lui poser la question. La discussion lui fait découvrir l’univers du chantier et du génie civil.
Derrière les bâtiments et les infrastructures se cachent des métiers, des compétences et des responsabilités. « C’est cette curiosité qui m’a poussée à choisir le génie civil », raconte-t-elle.
Mais transformer cette curiosité en projet professionnel n’a pas été facile. Son entourage s’interroge. Certains lui déconseillent cette orientation, estimant que le secteur n’est pas suffisamment prometteur au Togo. Les difficultés financières de sa famille compliquent également son parcours. Sa mère finit toutefois par soutenir son choix et fait de son mieux pour lui permettre de poursuivre sa formation.
Une fois diplômée, Gloria découvre une autre difficulté : la réalité du terrain. Dans le génie civil, les hommes restent nombreux. Pour une jeune femme appelée à superviser des travaux, donner des consignes et diriger des ouvriers parfois plus âgés qu’elle, l’autorité ne va pas toujours de soi.
Gloria se souvient d’un épisode particulièrement révélateur. Alors qu’elle arrive sur un chantier pour superviser les travaux, un ouvrier lui demande de porter des briques. Un autre lance une remarque sexiste sur le fait que la seule chose qu’elle serait capable de porter de lourd serait son téléphone.
« Cette remarque partait simplement du fait que j’étais une femme pour conclure que je n’étais pas capable », déplore-t-elle.
À une autre occasion, après s’être présentée comme technicienne en génie civil, elle entend qu’elle serait simplement là pour « rester assise » et recevoir des notes. Face à ces préjugés, Gloria a choisi de ne pas répondre par la confrontation, mais par les résultats.
« La meilleure réponse à tous ces préjugés reste le travail : être présente sur le terrain, apprendre, observer, prendre des responsabilités et montrer par ses compétences ce dont on est capable. »
Estelle : ne pas être « une femme ingénieure », mais une bonne ingénieure
Cette volonté de laisser les compétences parler traverse également le parcours d’Estelle Manou. Ingénieure en génie civil, titulaire d’un Master professionnel en Gestion des infrastructures de l’Institut 2iE, elle évolue depuis plus de dix ans dans le secteur.
Contrôle et suivi des travaux, gestion des opérations, assistance à maîtrise d’ouvrage, management de projets, commande publique : son parcours témoigne d’une progression dans différents métiers du secteur.
Son orientation a été relativement bien accueillie par sa famille. Mais elle a dû, comme beaucoup de jeunes femmes, apprendre à évoluer dans un univers où les modèles féminins étaient peu nombreux.
« Je n’avais pas réellement de modèle ou de personne capable de m’accompagner dans la construction de mon parcours », explique-t-elle.
Sur le terrain, le défi est aussi celui de l’autorité. Diriger des équipes majoritairement masculines, parfois composées d’hommes plus âgés et plus expérimentés, peut susciter des résistances. Elle évoque également les comportements déplacés et les avances non sollicitées qui peuvent compliquer les relations professionnelles.
Autre sujet de préoccupation : les inégalités de perception autour de la rémunération. Elle rapporte avoir entendu qu’une femme pouvait être moins rémunérée parce que « ses parents et son chéri lui donnent déjà de l’argent ». Une conception qu’elle rejette fermement.
Pour elle, le salaire doit être déterminé par « le poste, les responsabilités, les compétences et le travail effectué », et non par des suppositions sur la vie privée.
Son conseil aux jeunes filles tient en une phrase : « Ne cherchez pas à devenir une bonne “femme ingénieure”. Cherchez à devenir une bonne ingénieure. »
Du chantier au numérique : les filles prennent aussi leur place derrière les écrans
Les métiers du numérique ne sont pas épargnés par les déséquilibres de genre. Formée en génie logiciel et systèmes d’information et aujourd’hui développeuse web, Yvette Houangassi s’intéresse très tôt à ce qui se passe « derrière un écran ».
Dès la seconde, elle développe une curiosité pour le numérique qui la conduira vers le développement web, mais aussi l’UX/UI, la gestion de projet et l’analyse de données. Dans sa promotion, les filles étaient cependant nettement moins nombreuses que les garçons.
« Chaque erreur ou chaque réussite pèse un peu plus lourd lorsqu’on est minoritaire », observe-t-elle.
Yvette n’a pas connu de discrimination directe particulièrement marquante dans son environnement professionnel. Elle estime même avoir eu la chance d’évoluer dans un cadre où la performance prime sur le genre.
Son principal défi est ailleurs : rester à niveau dans un secteur qui évolue à une vitesse vertigineuse.
« Le secteur évolue trop vite pour se reposer uniquement sur ce qu’on nous a enseigné », affirme-t-elle.
Veille, pratique, échanges avec d’autres professionnels : elle mise sur l’apprentissage continu. Mais elle insiste aussi sur une compétence moins technique et pourtant essentielle : la confiance en soi.
« Savoir défendre son travail sans avoir besoin de se justifier en permanence. »
Pour elle, le numérique « n’est pas un univers réservé, c’est un univers où trop peu de filles ont encore pris leur place ».
Samira : des télécommunications à l’inclusion numérique
Pour Samira Amadou, le choix des télécommunications s’est construit progressivement autour d’une fascination pour la technologie et de son potentiel à connecter les personnes et résoudre des problèmes concrets.
Formée en télécommunications et réseaux, elle s’intéresse d’abord à la dimension technique : comprendre les réseaux, les systèmes de communication et leur fonctionnement. À l’origine, elle aurait voulu s’orienter vers la robotique, mais cette option ne lui était pas encore accessible.
Au fil de sa formation, son intérêt s’élargit à l’Internet des objets (IoT) et aux nouvelles technologies. Elle comprend alors que son intérêt ne porte pas uniquement sur les technologies elles-mêmes, mais surtout sur leur capacité à répondre aux besoins des communautés.
Aujourd’hui, son parcours s’est progressivement orienté vers la gestion de projets dans les domaines de la technologie, de l’innovation et du développement durable, avec un intérêt particulier pour l’inclusion numérique, l’éducation aux STEM et l’autonomisation des jeunes et des femmes.
Comme d’autres jeunes femmes rencontrées dans le cadre de ce dossier, Samira a évolué dans un environnement où les filles étaient minoritaires. Cette situation s’est particulièrement fait sentir au début de son stage, lorsqu’elle était souvent la seule fille sur le terrain.
« Lorsqu’on est l’une des rares filles dans une salle, on devient automatiquement plus visible », explique-t-elle.
Cette visibilité peut aussi générer une pression supplémentaire. Lorsqu’on voit peu de femmes autour de soi, il devient plus difficile de se projeter dans une carrière technique. Samira estime qu’il faut parfois davantage démontrer ses compétences pour être considérée comme légitime.
Les préjugés ne prennent d’ailleurs pas toujours la forme de remarques ouvertement sexistes. Dans un environnement technique, il peut arriver qu’on se tourne spontanément vers un homme lorsqu’une question technique se pose, en supposant qu’il maîtrise davantage le sujet.
Elle évoque également des situations où des clients l’observaient davantage que les autres membres de l’équipe lors de prestations de services.
« Il peut arriver qu’une femme doive davantage démontrer qu’elle maîtrise réellement son sujet avant que ses compétences soient reconnues. »
Face à ces situations, Samira a choisi de répondre par le travail, la capacité à proposer des solutions, à prendre des responsabilités et à produire des résultats. Mais elle estime que la responsabilité du changement ne doit pas reposer uniquement sur les femmes.
« Les environnements professionnels doivent également évoluer », souligne-t-elle.
Prendre sa place sans attendre d’être parfaite
Pour progresser dans les télécommunications et la technologie, Samira cite plusieurs qualités essentielles : la curiosité, la capacité à résoudre des problèmes, la communication et la confiance en soi.
Dans un secteur où les technologies évoluent rapidement, elle considère la formation continue comme indispensable. « Dans la technologie, on ne peut pas arrêter d’apprendre », insiste-t-elle.
Elle a également appris à accepter de ne pas tout savoir. Poser des questions, expérimenter, se tromper et recommencer font partie du processus d’apprentissage.
Pour elle, la confiance en soi ne signifie pas l’absence de doute, mais la capacité à avancer malgré celui-ci.
« J’ai appris qu’on peut être la seule femme dans une salle et quand même prendre la parole, proposer une idée et occuper pleinement sa place. »
Son engagement dépasse aujourd’hui son propre parcours professionnel. À travers ses activités avec Teknolime et différentes initiatives liées aux STEM, elle cherche à permettre aux jeunes filles de découvrir concrètement la technologie : codage, robotique, intelligence artificielle ou encore impression 3D.
Elle est également engagée auprès des jeunes à travers le Youth Panel Lomé, le Cadre consultatif des jeunes des Nations Unies au Togo et différentes activités menées avec l’UNFPA.
Son souhait est de voir davantage de femmes accéder aux métiers techniques, mais aussi aux postes de décision et de leadership.
« Je voudrais qu’on arrête de considérer la présence des femmes dans les télécommunications comme quelque chose d’exceptionnel. Elle doit devenir normale. »
Aux jeunes filles qui hésitent encore, son message est simple : « Essaie. » Ne pas attendre de se sentir totalement prête, accepter de se tromper, poser des questions et continuer à apprendre : pour Samira, c’est ainsi que l’on construit sa place.
Olaïtan Sémiat : quand la donnée devient un levier d’innovation
Le parcours d’Olaïtan Sémiat illustre une autre porte d’entrée vers la technologie. Data Analyst CXO chez Yas Togo, elle est diplômée en Génie Logiciel de l’IAI.
Après ses débuts comme développeuse freelance, elle rejoint VILEATIS, un courtier immobilier et d’assurance en France. Cette expérience l’amène à travailler sur différentes problématiques liées à l’estimation de valeur et l’oriente progressivement vers la data.
Déjà intéressée par les données et leur structuration, elle décide de reprendre ses études et intègre le Master en Intelligence Artificielle et Big Data de l’École Polytechnique de Lomé (EPL).
Elle effectue notamment un stage en Power BI chez Canal+ Togo et un autre consacré au Natural Language Processing (NLP) à POKEMAK. En parallèle, elle s’investit dans la communauté TDEV et cofonde TOOTLE, une startup spécialisée dans les solutions d’intelligence artificielle.
Dans son environnement professionnel, Olaïtan affirme ne pas ressentir de traitement différent en raison de son sexe.
« Ce sont d’abord mes compétences et la qualité de mon travail qui parlent pour moi. »
Elle se souvient néanmoins de réactions de surprise liées à son profil de femme musulmane dans la tech. Elle observe aujourd’hui une évolution de l’écosystème togolais, avec une présence féminine plus visible, y compris de femmes portant le voile.
Pour elle, il appartient aussi aux femmes de construire l’image professionnelle qu’elles souhaitent renvoyer.
« C’est à nous d’imposer le regard que l’on souhaite susciter, sans se laisser freiner par ces réactions ponctuelles. »
Son principal défi est aujourd’hui la gestion du temps et la capacité à concilier les exigences professionnelles avec certaines contraintes personnelles. Sa réponse : réorganisation, adaptation et priorité accordée au bien-être lorsque la pression devient trop forte.
Saisir les opportunités et apprendre à se vendre
Pour Olaïtan, les opportunités existent au Togo et en Afrique dans le numérique, l’IA et la data. Mais encore faut-il savoir les identifier et valoriser ses compétences.
Elle conseille aux jeunes professionnelles d’analyser attentivement les offres d’emploi, puis d’adapter la présentation de leur expérience aux compétences recherchées.
Son conseil dépasse d’ailleurs les seuls métiers technologiques. Dans un monde où presque tous les secteurs utilisent des outils numériques, comprendre l’informatique et la donnée devient un avantage, même lorsque ce n’est pas son métier principal.
À moyen terme, elle ambitionne d’accompagner les entreprises dans la mise en place de systèmes de pilotage par la donnée, avant de se tourner davantage vers la gestion de projets Big Data et la gouvernance des données.
Aux jeunes filles qui hésitent encore, elle fait passer un message sans ambiguïté :
« Ils ne feront pas vos choix à votre place et ils n’en subiront pas non plus les conséquences. Concentrez-vous sur vos propres intérêts et vos ambitions. »
Gaëlle-Fernanda : de la passion des mathématiques à l’intelligence artificielle
Attikpo Ahoéfa Gaëlle-Fernanda, data scientist et cheffe de projet IA au Togo AI Lab, a elle aussi construit progressivement sa place dans cet univers.
Après un baccalauréat série D obtenu en 2019, elle intègre le Centre Informatique et de Calcul (CIC), où elle décroche une licence en Génie Logiciel en 2022. Après une première expérience professionnelle, elle reprend ses études en 2023 au Master Intelligence Artificielle & Big Data de l’École Polytechnique de Lomé, dans le cadre d’un double diplôme avec l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard.
Une bourse lui permet ensuite d’effectuer une année à l’Université de Technologie de Troyes. Elle obtient son master avec mention en 2025.
Au départ, son père espérait la voir devenir médecin. Elle souhaitait plutôt intégrer rapidement le monde professionnel. Le génie logiciel lui permettait d’atteindre cet objectif. Puis l’intelligence artificielle lui ouvre de nouvelles perspectives.
« J’ai toujours eu envie de donner vie à des choses artificielles, de créer des systèmes capables de raisonner, d’apprendre, de résoudre des problèmes concrets », explique-t-elle.
Dans sa promotion de master, elles n’étaient que cinq femmes sur trente étudiants. Pour Gaëlle-Fernanda, cette faible représentation pose une question essentielle : celle de la visibilité.
« Les femmes qui réussissent dans ce domaine restent peu visibles, parfois même discrètes sur leurs propres parcours. »
Or, sans modèles, il est plus difficile pour une jeune fille de s’imaginer ingénieure, data scientist ou spécialiste de l’intelligence artificielle.
Gaëlle-Fernanda en a elle-même fait l’expérience. Elle se souvient notamment d’une conférence au cours de laquelle elle découvre le parcours de la ministre Cina Lawson, qui devient pour elle une source d’inspiration. Mais la visibilité ne suffit pas. Il faut également pouvoir faire ses preuves.
Lors d’un concours d’innovation, alors qu’elle était cheffe de groupe, un collègue lui suggère de se limiter à l’organisation et à la gestion du projet, plutôt que de prendre en charge des tâches techniques. Elle sort alors son CV et demande explicitement une mission technique. Après avoir réalisé le travail demandé avec succès, elle obtient davantage de responsabilités dans la conception. L’expérience lui laisse une conviction :
« En tant que femme dans ce domaine, la compétence ne suffit pas toujours à être reconnue immédiatement ; il faut souvent la prouver activement, alors qu’on ne le demanderait pas de la même façon à un homme. »
Formation, culture et manque de modèles : les freins persistent
Les témoignages recueillis convergent sur plusieurs obstacles à l’accès et à la progression des femmes dans l’ingénierie : les stéréotypes, le manque de visibilité des femmes qui réussissent, le coût de certaines formations, mais aussi les conditions de travail et l’accès aux responsabilités.
Dans les télécommunications comme dans le génie civil, certaines contraintes liées aux déplacements, aux interventions sur le terrain ou aux horaires peuvent constituer des défis supplémentaires pour les femmes, notamment lorsqu’elles doivent parallèlement assumer une part importante des responsabilités familiales.
Mais le problème n’est pas leur capacité à exercer ces métiers. Il concerne aussi l’organisation des environnements professionnels.
Dans le domaine de l’IA et du Big Data, Gaëlle-Fernanda souligne également certains préjugés culturels. Des femmes sont encore perçues comme des personnes à protéger ou à « materner », plutôt que comme des professionnelles à part entière.
Pourtant, les opportunités sont nombreuses. Santé, agriculture, éducation, services publics : l’intelligence artificielle, les données, les télécommunications et les technologies numériques peuvent répondre à des besoins concrets au Togo et ailleurs en Afrique.
Les professionnelles rencontrées plaident ainsi pour un accompagnement plus structuré : mentorat, bourses, rencontres avec des professionnelles, formations pratiques, stages et dispositifs permettant aux jeunes filles d’expérimenter.
Car les modèles comptent. Les rencontrer permet de comprendre que ces carrières sont accessibles.
« Il faut commencer tôt »
Les témoignages recueillis convergent sur un point : la bataille pour l’égalité dans l’ingénierie commence bien avant l’université.
Les stéréotypes sur les métiers « féminins » et « masculins » se construisent dès l’enfance et influencent les choix scolaires. Lorsqu’une fille voit peu de femmes ingénieures, techniciennes, développeuses, spécialistes des télécommunications ou cheffes de chantier, elle peut finir par penser que ces métiers ne sont pas faits pour elle.
Estelle Manou rappelle pourtant une évidence : « Une jeune fille n’est évidemment pas moins capable de comprendre les mathématiques, la physique ou les structures parce qu’elle est une fille. »
Il faut donc agir tôt : faire découvrir les métiers scientifiques, organiser des visites de chantiers et d’entreprises, multiplier les ateliers pratiques, développer le mentorat, faciliter l’accès aux stages et aux bourses.
L’expérience de Samira Amadou renforce cette nécessité. Pour elle, les filles doivent pouvoir expérimenter concrètement la technologie, à travers le codage, la robotique, l’intelligence artificielle ou l’impression 3D.
Mais il faut aussi regarder ce qui se passe après la formation. L’enjeu n’est pas seulement d’attirer davantage de femmes dans l’ingénierie. Il faut leur permettre d’y progresser : accéder aux postes de responsabilité, diriger des projets, créer des entreprises, être mieux rémunérées et participer aux décisions.
Dans le BTP notamment, les horaires, les déplacements, les conditions de chantier et la conciliation entre vie professionnelle et responsabilités familiales peuvent constituer des obstacles supplémentaires.
Une génération qui refuse les cases
Gloria construit sa légitimité sur les chantiers. Estelle revendique son expertise et son droit aux responsabilités. Yvette développe et apprend dans un secteur en perpétuelle évolution. Samira évolue des télécommunications vers la gestion de projets technologiques et l’inclusion numérique. Olaïtan transforme les données en outils d’aide à la décision et explore l’entrepreneuriat technologique. Gaëlle-Fernanda veut faire de l’intelligence artificielle un outil capable de répondre à des problèmes concrets.
Leurs parcours sont différents. Certaines ont rencontré des remarques sexistes, d’autres ont surtout dû affronter le manque de modèles ou le poids des représentations. D’autres encore disent avoir évolué dans des environnements où les compétences primaient sur le genre. Mais toutes montrent une chose : il n’existe pas une seule manière d’être une femme ingénieure. Elles peuvent être sur un chantier, devant un ordinateur, au milieu des réseaux et des données ou au cœur d’un projet d’intelligence artificielle. Elles peuvent apprendre, concevoir, diriger, décider et innover. Elles peuvent aussi devenir les modèles d’une génération qui arrive.
Le véritable défi est désormais collectif : faire en sorte qu’une jeune fille qui aime les mathématiques, la technologie, la construction, les télécommunications ou l’informatique n’ait plus à se demander si elle est « faite » pour ces métiers. Car, comme le rappelle Estelle Manou : « Le génie civil demande du travail, de la rigueur, de la curiosité et de la persévérance. Aucune de ces qualités n’a de sexe. » L’avenir de l’ingénierie au Togo ne devrait donc plus être une question de genre, mais de compétences, d’opportunités et de liberté de choisir son avenir.
Atha ASSAN






