Elles sont jeunes et déterminées. Elles investissent des terrains où le besoin est constant et considérable : AWILI Essozolim Nèmè accompagne les jeunes dans leur ambition de devenir des joueurs de grand niveau ; Estelle Gbekou à travers Beryl fitness offre un cadre de coaching et une prise en charge psychosociale aux enfants ; Thania DOSSA opte pour l’orientation scolaire dont elle a fait son cheval de bataille pour que les enfants et les jeunes de son quartier et d’ailleurs ne tombent pas dans les mêmes erreurs qu’elle. Adjovi GENTRY quant à elle, accueille les enfants défavorisés pour leur permettre d’aspirer à une vie meilleure. Quatre jeunes femmes, quatre combats pour une même finalité : transformer leurs communautés et créer un meilleur cadre de vie. A travers ce reportage, Ekinamag vous fait découvrir leurs parcours et engagements.
À Agoè-Fidokpui, le nom de AWILI Essozolim Nèmè est désormais indissociable du développement du football à la base. Directrice technique de Jeunesse Wara Sporting Club depuis 2022, elle accompagne quotidiennement des enfants et des jeunes dans leur formation sportive tout en veillant à leur épanouissement scolaire et personnel. Créé en 2017, ce centre de formation à but non lucratif fait de l’éducation et du sport deux piliers complémentaires pour révéler les talents et favoriser l’insertion sociale des jeunes.
Son engagement trouve son origine dans son enfance, lorsqu’elle passait des heures à jouer au football sur des terrains improvisés. Aujourd’hui cheffe d’entreprise et mère de cinq enfants, elle consacre une grande partie de son temps à détecter, former et accompagner de jeunes talents, avec une attention particulière portée aux filles issues des zones rurales. Son approche va au-delà du cadre sportif : alimentation, suivi scolaire, accompagnement quotidien et soutien moral font partie intégrante de sa mission. Pour elle, un enfant ne peut exprimer pleinement son potentiel que s’il bénéficie de conditions de vie favorables.

Les résultats obtenus renforcent sa conviction. Parmi ses plus grandes fiertés figure le parcours d’un ancien pensionnaire devenu international togolais, mais aussi celui de plusieurs jeunes filles recrutées dans un village de Blitta et qui évoluent aujourd’hui avec la sélection nationale féminine U17. Elle évoque également avec émotion une jeune joueuse, capitaine de son équipe, admise au BAC 1 en 2024, qui lui a confié qu’elle lui avait probablement évité un mariage précoce. Pour Mme AWILI, ces réussites illustrent la capacité du sport à transformer durablement des vies.
Cette volonté d’accompagner les jeunes vers un avenir meilleur anime également Estelle GBEKOU, qui a choisi de faire du sport un outil d’éducation et de développement personnel.
À seulement 21 ans, cette étudiante en droit partage son temps entre ses études, son activité commerciale et l’encadrement d’enfants au sein de Béryl Fitness, une initiative qu’elle a créée après avoir été nommée ambassadrice olympique et participé à un programme d’immersion en Europe consacré au rôle du sport dans la promotion de la paix et de l’inclusion. De retour au Togo, elle décide de mettre cette expérience au service de sa communauté.
À travers Béryl Fitness, elle accueille des enfants âgés de 5 à 18 ans pour des activités sportives complétées par des séances de discussion. Ces échanges permettent aux participants d’aborder leurs difficultés, de développer leur confiance en eux, d’apprendre à résoudre les conflits et à mieux vivre ensemble. Pour Estelle, le sport ne constitue pas une finalité mais un moyen de former des citoyens responsables.

Photo crédit: Estelle GBEKOU pour EkinaMag
Depuis le lancement de l’initiative, une cinquantaine d’enfants ont bénéficié de cet accompagnement. Tous ont obtenu des résultats scolaires satisfaisants lors de la dernière année académique, un indicateur encourageant qui conforte la jeune femme dans son choix. Mais au-delà des chiffres, ce sont les changements de comportement qui la marquent le plus. Elle cite notamment le cas d’une jeune fille très réservée devenue progressivement capable de prendre des initiatives et de s’exprimer avec assurance devant les autres.

Dossa Thania, une autre jeune femme qui se met au service de sa communauté, mise avant tout sur la puissance de l’information pour transformer des parcours de vie.
À 22 ans, cette dernière consacre une partie importante de son temps à accompagner les enfants et les élèves dans leurs choix d’orientation scolaire. Étudiante en comptabilité et en réseaux informatiques, elle intervient régulièrement dans les établissements scolaires ainsi que dans son quartier d’Agbalépédogan afin d’aider les jeunes à mieux comprendre les filières de formation et les métiers d’avenir. Son engagement est né de ses propres difficultés au moment de choisir son orientation et de la volonté d’éviter à d’autres les mêmes hésitations.

Marquée par une enfance difficile, Adjovi GENTRY, quant elle a fait de son histoire personnelle une source d’engagement. Fondatrice de l’orphelinat VISION OF GOD à Ségbé, elle offre protection, éducation et accompagnement à des enfants vulnérables, devenant une figure de résilience et de solidarité au service de l’enfance.
Des défis communs malgré des combats différents
Derrière les résultats enregistrés par ces jeunes femmes se cache une réalité souvent moins visible : celle des obstacles qu’elles doivent surmonter pour maintenir leurs initiatives. Malgré leurs domaines d’intervention différents, toutes font face à des contraintes qui ralentissent leurs ambitions, sans pour autant entamer leur détermination.
Pour AWILI Essozolim Nèmè, le premier défi est d’ordre financier. Assurer la prise en charge des jeunes footballeurs, financer les déplacements, renouveler le matériel ou encore garantir un encadrement de qualité représente une charge permanente. Son ambition de construire un terrain de football, un internat et une école afin d’offrir un environnement stable aux jeunes reste conditionnée par la mobilisation de partenaires. À ces difficultés s’ajoutent les préjugés auxquels elle a dû faire face en tant que femme dans un univers longtemps considéré comme exclusivement masculin. Au début de son parcours, beaucoup doutaient de sa capacité à diriger un centre de formation. Elle estime aujourd’hui avoir répondu à ces scepticismes par les performances sportives et scolaires de ses pensionnaires, qui constituent sa meilleure réponse.
Les difficultés d’Estelle GBEKOU sont aussi similaires. Le développement de Béryl Fitness est freiné par le manque de ressources financières, de matériel sportif, d’espaces adaptés et de moyens logistiques. La jeune femme doit également composer avec un emploi du temps particulièrement chargé, partagé entre ses études universitaires, son activité professionnelle et l’organisation des séances destinées aux enfants. Malgré ces contraintes, elle poursuit son engagement grâce au soutien de sa famille et de quelques proches convaincus de l’utilité de son action. Au fil des années, elle constate avec satisfaction que les parents accordent davantage leur confiance à son initiative, ce qui facilite progressivement son travail auprès des enfants.
Pour Dossah Thania, le principal défi consiste à concilier son activisme avec ses études supérieures. Entre les cours, les interventions dans les établissements scolaires et les séances d’orientation organisées dans son quartier, chaque activité exige une organisation rigoureuse. À cette gestion du temps s’ajoute un manque de financement qui limite l’ampleur de ses actions. Malgré ces contraintes, elle bénéficie du soutien de sa famille, notamment de sa mère, qui voit dans cet engagement la continuité des valeurs transmises depuis son enfance.
En ce qui concerne Adjovi GENTRY, les difficultés rencontrées prennent une dimension encore plus urgente. Le nombre d’enfants accueillis dans son orphelinat ne cesse d’augmenter alors que leurs besoins en alimentation, en soins, en éducation et en hébergement grandissent eux aussi. L’orphelinat fonctionne grâce à l’appui d’organisations et de personnes de bonne volonté, mais cet accompagnement doit être continuellement renouvelé pour permettre aux enfants de poursuivre leur scolarité ou leur apprentissage dans de bonnes conditions. Pour la jeune femme, chaque nouvelle arrivée représente à la fois une responsabilité supplémentaire et une raison de poursuivre le combat.
Ces défis, aussi différents soient-ils, révèlent une même réalité : l’engagement citoyen repose souvent sur des initiatives individuelles qui gagneraient à être davantage soutenues. Pourtant, aucune de ces jeunes femmes ne se limite au constat. Toutes portent une vision claire de la société qu’elles souhaitent construire et plaident, chacune à sa manière, pour un environnement plus favorable à l’épanouissement des enfants et des jeunes.
Au-delà des actions qu’elles mènent quotidiennement, ces jeunes femmes portent un même plaidoyer : offrir aux enfants et aux jeunes les conditions nécessaires pour révéler leur potentiel. Leurs engagements respectifs traduisent la conviction que chaque jeune mérite une chance, indépendamment de son origine sociale, de son sexe ou de son parcours de vie.
Des attentes pour renforcer leurs engagements
Pour Mme AWILI Essozolim Nèmè, cette ambition passe avant tout par une meilleure reconnaissance du sport comme levier d’éducation et d’émancipation. Elle milite particulièrement pour une plus grande place des filles dans le football et invite les communautés à dépasser les stéréotypes qui enferment encore certaines disciplines dans des considérations de genre. Selon elle, les jeunes filles doivent pouvoir accéder aux mêmes opportunités que les garçons, à condition de bénéficier d’un accompagnement adapté. Elle rêve également de voir son centre disposer de meilleures infrastructures afin d’offrir aux jeunes des conditions optimales de formation, d’hébergement et de suivi scolaire.
Le plaidoyer d’Estelle GBEKOU s’inscrit dans la même logique de prévention et d’éducation. Convaincue que les valeurs s’acquièrent dès l’enfance, elle défend un modèle d’encadrement où le sport devient un outil de développement personnel autant qu’un espace de dialogue. À travers Béryl Fitness, elle souhaite multiplier les occasions pour les enfants de s’exprimer, d’apprendre à vivre ensemble, de développer leur confiance en eux et de renforcer leur sens des responsabilités. Son ambition est désormais de structurer davantage son initiative afin de toucher un nombre beaucoup plus important d’enfants au cours des prochaines années et d’assurer un suivi durable de leur évolution scolaire, comportementale et sociale.
Le plaidoyer prend la forme d’un combat chez Thania DOSSA contre les inégalités d’accès à l’information. Pour elle, de nombreux jeunes voient leurs ambitions compromises faute d’une orientation adaptée. Elle appelle ainsi à renforcer les actions d’information sur les filières d’études, les métiers d’avenir et les opportunités de formation, aussi bien dans les établissements scolaires que dans les quartiers. Son projet de mettre à disposition des bus gratuits pour les élèves des zones rurales pendant les examens illustre cette volonté de lever les obstacles qui freinent la réussite scolaire. À plus long terme, elle aspire à développer des programmes d’orientation à l’échelle nationale afin de permettre à un plus grand nombre de jeunes de construire un projet d’avenir cohérent.
Pour Adjovi GENTRY, enfin, le plaidoyer est avant tout un appel à la solidarité. Forte de son propre parcours marqué par la précarité et la vie en orphelinat, elle estime qu’aucun enfant ne devrait être privé d’affection, d’éducation ou de perspectives d’avenir. Elle lance un appel permanent aux organisations, aux entreprises et aux personnes de bonne volonté afin qu’elles accompagnent les structures qui prennent en charge les enfants en situation de vulnérabilité. Selon elle, chaque contribution, aussi modeste soit-elle, peut transformer une vie et offrir à un enfant l’espoir d’un avenir meilleur.
À travers leurs initiatives, ces quatre jeunes femmes démontrent que le leadership ne se mesure pas uniquement à l’ampleur des moyens mobilisés, mais surtout à la capacité d’inspirer, d’agir et d’entraîner les autres dans une dynamique de changement. Leurs parcours rappellent qu’un engagement individuel, lorsqu’il est porté avec constance, peut produire des transformations durables au sein d’une communauté.
Si leurs actions traduisent une même volonté de bâtir une société plus inclusive, chacune nourrit également une philosophie de vie forgée par son expérience. Aux enfants, aux jeunes et particulièrement aux jeunes filles, elles adressent des conseils inspirés de leur propre parcours.
Leurs conseils : oser agir et croire en son potentiel
Au terme de leurs parcours, un message revient avec insistance : le changement commence par une décision personnelle. Malgré les difficultés rencontrées, aucune de ces jeunes femmes ne considère son engagement comme une aventure exceptionnelle. Toutes estiment qu’il est possible d’agir à son échelle pour améliorer son environnement, à condition d’avoir la volonté de passer à l’action.
Les jeunes filles ne doivent plus se fixer de limites en raison des stéréotypes selon Mme AWILI. Elle les invite à croire en leurs capacités, à oser investir des domaines encore perçus comme réservés aux hommes et à développer pleinement leur potentiel. À ses yeux, le leadership féminin se construit dans l’action, la persévérance et la capacité à défendre les causes des plus vulnérables. Estelle GBEKOU encourage, quant à elle, les jeunes à mettre leurs compétences au service de leur communauté. Pour elle, chaque initiative, même modeste, peut produire des effets durables lorsqu’elle est portée avec constance et sincérité. Elle rappelle que l’engagement ne se limite pas aux grandes organisations ou aux moyens financiers importants : il naît avant tout de la volonté de répondre à un besoin identifié autour de soi. Son parcours illustre cette conviction qu’un simple projet local peut progressivement devenir un véritable outil de transformation sociale.
Le message de Dossah Thania s’adresse directement aux jeunes qui hésitent encore à se lancer. « Vous êtes votre tout premier projet », rappelle-t-elle. Elle les exhorte à travailler d’abord sur eux-mêmes, à rechercher l’excellence et à ne pas attendre des conditions idéales pour entreprendre. Selon elle, les petites actions menées avec régularité finissent par produire un impact considérable sur la communauté.
De son côté, Adjovi GENTRY lance un appel à la solidarité. Elle invite chacun à ne pas rester indifférent face à la souffrance des enfants en situation de vulnérabilité. Son expérience personnelle lui a appris que l’écoute, l’attention et les gestes de générosité peuvent changer une existence. Elle encourage ainsi toutes les personnes de bonne volonté à soutenir les initiatives qui œuvrent en faveur de l’enfance, convaincue que chaque contribution représente un investissement dans l’avenir de la société.
À travers le sport, l’orientation scolaire, l’encadrement des enfants ou encore la protection des plus vulnérables, ces quatre jeunes femmes démontrent qu’il est possible d’influencer durablement son environnement avec des moyens parfois limités, mais une détermination sans faille. Leurs parcours rappellent que le leadership se construit avant tout par les actes, la persévérance et la volonté d’apporter des solutions concrètes aux défis de sa communauté. Dans un contexte où les besoins demeurent nombreux, leurs initiatives illustrent la capacité de la jeunesse togolaise à prendre sa part de responsabilité dans la construction d’une société plus inclusive, plus solidaire et résolument tournée vers l’avenir.
Seyram AGBASSINOU






